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Les États-Unis et la question environnementale : tensions et contrastes
Les jalons

- L’environnement aux États-Unis : entre protection de la nature, exploitation des ressources et transformation des milieux depuis le XIXe siècle. Les rôles respectifs de l’État fédéral et des États fédérés.

- Les États-Unis et l’environnement à l’échelle internationale (État, firmes transnationales, ONG…).

 
Wilderness et nouvelles fonctions des espaces ruraux de l'Ouest américain, l'exemple du Montana : une ruée vers l’environnement à l’origine de fragmentations socio-territoriales
Paysages de montagne, faune sauvage et sports de nature, magnifiés par la littérature et le cinéma, sont les moteurs des migrations d’aménités vers le Montana des Rocheuses. Ces installations font évoluer les ranchs, qui, de propriétés agricoles, deviennent de luxueuses résidences ou des espaces protégés, traduisant le renouvellement des fonctions de ces espaces ruraux attractifs. Or cette gentrification du New West reste circonscrite dans l’espace car perdure un Old West paupérisé et marqué par les injustices environnementales.
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Les États-Unis et leur environnement, une relation complexe

Nonfiction.fr : Les États-Unis ont longtemps été associés, et le sont toujours, à de grands espaces « sauvages ». Cette nature occupe une place majeure dans la « Destinée manifeste », mais aussi dans l’imaginaire américain comme le montre l’émerveillement poétique d’Henry David Thoreau devant la nature. Quand et comment les Américains prennent-ils conscience de leur nature, puis de la fragilité de celle-ci ? Elsa Devienne : C’est précisément quand la nature américaine a été perçue comme en danger qu’elle a fait l’objet d’une attention nouvelle. Vers le milieu du XIXe siècle, alors que la colonisation de l’Ouest va bon train et que la côte Est s’industrialise et s’urbanise à un rythme effréné, des membres de l’élite – politiciens, auteurs, penseurs (surtout des hommes) – vont commencer à s’intéresser à ce qu’ils appellent la « wilderness  », c’est-à-dire la nature sauvage, soi-disant inhabitée. Ces amateurs de la « wilderness » y voient une caractéristique unique et fondamentale de la jeune nation états-unienne : l’existence de tels espaces vierges de tout contact avec l’humain est, selon eux, ce qui distingue les États-Unis du vieux continent. Pour l’historien Frederick Jackson Turner, qui développe sa « thèse de la frontière » en 1893, c’est en partie la confrontation avec cette nature indomptée qui a forgé le caractère des Américains : leur indépendance, leur individualisme et leur penchant naturel pour la démocratie. Pour l’auteur Henry David Thoreau, qui s’isole dans une petite cabane au bord du lac de Walden dans le Massachusetts entre 1845 et 1847, vivre au milieu de cette nature inhabitée permet de revenir à l’essentiel et de se départir du matérialisme ambiant. C’est dans cette période que se constitue le mouvement préservationniste (ou encore « wilderness movement »). Il s’agit d’un mouvement d’élites blanches qui cherchent à préserver la nature sauvage face à l’urbanisation et l’industrialisation de la nation, pour des raisons patriotiques, esthétiques ou spirituelles. Quoi qu’il en soit, ce mouvement est fondé sur un mensonge : ces espaces « sauvages », tels que Yellowstone, premier parc national fondé en 1872, ne sont pas inhabités. Ils sont bien connus des tribus amérindiennes qui s’en servent d’espaces de chasse et de campement. Le mouvement de la wilderness va contribuer à l’exclusion des Amérindiens de ces espaces, au moment même où ils sont sommés de vivre dans des réserves. Pourtant le XIXe siècle est aussi celui de l’essor de l’agriculture et de l’industrialisation. On le voit par exemple avec l’extraction hydraulique d’or qui entraîne gaspillage puis pollution de l’eau, et destruction des forêts. Peut-on déjà parler de conflits d’usage liés à l’exploitation du territoire étatsunien ? Dès le XIXe siècle, les conflits se multiplient quant à l’utilisation des ressources naturelles. D’un côté, il y a les intérêts industriels et commerciaux, qui souhaitent exploiter celles-ci coûte que coûte ; de l’autre, il y a le mouvement préservationniste ; mais il y a aussi d’autres groupes d’intérêts comme ceux qu’on appelle les conservationnistes, qui prônent une utilisation raisonnée de la nature afin de permettre le renouvellement des écosystèmes et de maintenir ainsi sur la durée l’exploitation des ressources. Enfin, il y a les usages quotidiens de ces espaces, ceux qu’en font les Amérindiens, comme je l’indiquais plus haut, mais aussi ceux des colons blancs récemment installés qui souhaitent continuer à chasser du gibier et deviennent des « braconniers » aux yeux des autorités. Karl Jacoby a écrit sur ces conflits dans son ouvrage Crimes Against Nature. L’un des épisodes les plus connus, qui oppose le camp préservationniste à celui des conservationnistes, est la controverse, au début du XXe siècle, autour de la construction d’un barrage dans la vallée de Hetch Hetchy, qui se situe au beau milieu du Parc national de Yosemite. Le barrage doit permettre l’approvisionnement en eau de la ville de San Francisco, mais sa construction causerait l’inondation de cette vallée d’une grande beauté. Finalement, le Congrès autorise la construction du barrage. C’est une victoire indéniable pour les conservationnistes. Aujourd’hui encore, certains militent pour que la vallée soit asséchée et retournée à son état originel.


par Anthony GUYON, NONFICTION , 27oct2020

interview Elsa Devienne est maîtresse de conférences à l’Université de Northumbria à Newcastle (GB) et docteure de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales. En 2020, elle publie La ruée vers le sable : une histoire environnementale des plages de Los Angeles au XXe siècle (Éditions de la Sorbonne, 2020)

 
 
 
 
John Gast, American Progress, 1872

 
 
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