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Les États-Unis et la question environnementale : tensions et contrastes
Les jalons

- L’environnement aux États-Unis : entre protection de la nature, exploitation des ressources et transformation des milieux depuis le XIXe siècle. Les rôles respectifs de l’État fédéral et des États fédérés.

- Les États-Unis et l’environnement à l’échelle internationale (État, firmes transnationales, ONG…).

 
 

Le « solutionnisme technologique », cette foi en l’innovation qui évite de penser le changement

Si l’expression est récente, l’idée selon laquelle l’innovation technologique serait capable de résoudre les crises sociales ou écologiques est née avec la révolution industrielle. En occultant les causes, elle dépolitise le débat.


Histoire d’une notion. Géolocaliser les chasseurs grâce à une application et éviter ainsi les balles perdues quand on se promène en forêt ; capter les émissions carbone à l’aide de ventilateurs géants ; soutenir nos corps fatigués avec des exosquelettes pour travailler plus longtemps… Les propositions ne manquent pas dans l’actualité pour illustrer l’idée selon laquelle l’innovation technologique serait capable de résoudre les problèmes sociaux et écologiques qu’elle a souvent contribué à créer.

La notion de solutionnisme technologique s’est imposée en 2014 dans le débat public, sous la plume du chercheur américain d’origine biélorusse Evgeny Morozov. Dans son ouvrage Pour tout résoudre, cliquez ici (FYP éditions, 2014), l’auteur met en lumière les impensés des projets prométhéens des entrepreneurs californiens du numérique qui ambitionnent de « réparer tous les problèmes de monde », selon les mots de l’ex-dirigeant de Google Eric Schmidt, en 2012. En plaçant l’individu au centre des enjeux, leur optimisme technologique piloté par les lois du marché conduit à occulter les causes sociales et politiques des problèmes, affirme Morozov.

Si l’expression est récente, les travaux d’une nouvelle génération d’historiens des sciences et techniques montrent que la fascination à l’égard de l’innovation technologique est bien antérieure à la création de l’Internet. « Le technosolutionnisme est ancré dans une vision du monde portée par deux siècles de théorie économique selon laquelle le marché et l’innovation pourraient nous permettre de dépasser les limites environnementales », affirme l’historien François Jarrige, auteur d’On arrête (parfois) le progrès. Histoire et décroissance (L’Echappée, 2022).(...)

Un siècle plus tard, c’est encore l’innovation technologique que mobilisent les constructeurs dans les années 1970 pour répondre à l’explosion de la pollution automobile, en pariant cette fois sur l’amélioration des moteurs et des filtres. Une façon d’éviter de questionner les usages et l’explosion du nombre de véhicules motorisés individuels.

Alors que les indicateurs écologiques sont désormais au rouge et qu’il n’est plus possible d’ignorer les limites planétaires, le projet technosolutionniste continue pourtant de susciter l’enthousiasme de ses partisans. « La technologie ne s’oppose pas à l’écologie, elle en est la clé », se réjouit ainsi l’essayiste transhumaniste Laurent Alexandre, pour qui « la science est aujourd’hui notre seule chance de salut » (Jouissez jeunesse !, Lattes, 2020).

De fait, le technosolutionnisme est l’autre nom de l’écomodernisme, qui prétend résoudre la crise écologique par l’amélioration des modèles de production et l’intensification de la maîtrise humaine des processus naturels. De la fusion nucléaire aux projets de géo-ingénierie – ces techniques inventées pendant la guerre du Vietnam, qui consistent à modifier le fonctionnement du système terrestre pour capter les rayonnements solaires ou faire tomber la pluie –, de nombreuses solutions sont envisagées. En 2015, dix-neuf universitaires et scientifiques affirmaient dans un « manifeste écomoderniste » leur « conviction que le savoir et la technologie, appliqués avec sagesse, pourraient permettre que ce soit un bon, voire un remarquable anthropocène ».


Une forme de climatoscepticisme

Ces promesses négligent pourtant des réalités physiques incontournables, dont l’épuisement des ressources et le temps incompressible du développement technologique, alors même que s’accélèrent les catastrophes écologiques. « Il semble qu’à tout moment, les humains pourront, grâce à la puissance de leurs techniques, effacer leur problématique empreinte de la Terre », souligne le professeur en sciences de l’environnement Nathanaël Wallenhorst dans Qui sauvera la planète ? (Actes Sud, 2022) – alors même que « le système Terre est caractérisé par son inertie ».

L’optimisme technologique ignore aussi l’effet rebond lié au progrès technique, théorisé par l’économiste britannique William Stanley Jevons dès 1865. Sans régulation, une innovation entraîne une augmentation de la consommation. « A chaque fois qu’on a voulu substituer une énergie à une autre, par exemple le pétrole et l’électricité au charbon, elles se sont additionnées », rappelle l’historien François Jarrige.

Le technosolutionnisme appartient aux « mythologies écologiques propagées pour que rien ne change », affirme le géographe Renaud Duterme dans Nos mythologies écologiques (Les Liens qui libèrent, 2022), et peut s’apparenter, de ce fait, à une forme de climatoscepticisme. A quoi bon limiter nos consommations si une rupture technologique va bientôt nous sauver ? Tabler sur les véhicules électriques est un bon moyen de ne pas questionner nos mobilités, comme miser sur les robots et les capteurs agricoles évite d’interroger notre modèle d’agriculture, tout en assurant de nouveaux marchés à l’industrie. En dépolitisant les réponses à apporter aux crises, cette quête sans fin est aussi une façon de contourner le débat démocratique sur la façon de les affronter.

Le Monde , Par Claire Legros Publié le 22 mars 2023

Le déni climatique, un vrai business ?
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Aux États-Unis, le déni climatique avivé par le logiciel d’intelligence artificielle d’Elon Musk
Une étude accrédite les thèses climatosceptiques. Elle a été rédigée par Grok 3, le logiciel d’intelligence artificielle (IA) d’Elon Musk.
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Le GIEC accusé de privilégier des solutions trop technologiques contre le réchauffement climatique

L’historien Jean-Baptiste Fressoz estime que l’institution onusienne donne la priorité aux solutions technologiques, y compris « spéculatives », au détriment d’autres options, comme la sobriété. Les scientifiques retarderaient ainsi les transformations structurelles.

Le technosolutionnisme est-il seulement l’apanage des magnats de la tech américaine, Elon Musk et Bill Gates en tête ? Une partie du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), dont les rapports alarmants sur la crise climatique font autorité, aurait également un « biais technophile », donnant la priorité aux solutions technologiques et à l’innovation, au détriment d’autres options, comme la sobriété. C’est la thèse avancée par l’historien des sciences et techniques Jean-Baptiste Fressoz, par ailleurs chroniqueur pour Le Monde, dans le numéro de septembre de la revue Energy Research & Social Science.

Le directeur de recherche au CNRS se concentre sur les productions et sur l’organisation du groupe III du GIEC, chargé d’évaluer les solutions face au réchauffement. L’auteur parvient à une conclusion-choc : la neutralité carbone en 2050 ou en 2070, telle qu’envisagée grâce aux solutions technologiques afin de limiter la hausse de la température mondiale à 1,5 °C ou 2 °C à la fin du siècle, est « inatteignable ».(...)

Depuis son premier rapport, en 1992, le groupe III a fait de la technologie la « pierre angulaire » de la réponse au changement climatique, indique Jean-Baptiste Fressoz, qui retrace les racines historiques de cette prépondérance. Pour la mettre en évidence, il s’appuie sur un décompte de mots-clés contenus dans les rapports, qui révèle la « domination écrasante » des termes liés aux solutions technologiques (« technologie », « innovation », « nucléaire », « solaire », etc.) en comparaison avec ceux ayant trait aux changements de comportement (« modes de vie », etc.).

« Rôle décisif » des Etats-Unis

Si les premiers rapports sont ceux qui comportent le plus grand déséquilibre, les derniers (2014 et 2022) font encore sept fois plus référence aux technologies qu’aux questions de demande. Et, dans le dernier opus, « innovation », avec 1 667 occurrences, est cité sept fois plus que « sobriété » (232), et « hydrogène » (1 096 citations), 38 fois plus que « décroissance » (29). Quant au terme « interdiction », il apparaît seulement 13 fois. L’innovation est par ailleurs toujours décrite de manière positive, présentée comme « responsable » ou « bas carbone », y compris l’intelligence artificielle et le bitcoin, qui consomment beaucoup d’électricité.(...)

Ce 6e et dernier rapport marque, malgré tout, un tournant : il consacre pour la première fois un chapitre à la demande, « présentant la sobriété comme une stratégie d’atténuation légitime et importante », note l’étude.(..)

Le positionnement du GIEC, à la frontière des mondes scientifique et politique, a également contribué à orienter l’expertise climatique vers les solutions technologiques. Les Etats-Unis ont joué un « rôle décisif » en ce sens, montre l’étude, par les deux premiers présidents du groupe III, des Américains, Frederick Bernthal et Robert Reinstein, dont le second était ouvertement climatosceptique. Leur objectif : repousser la décarbonation afin de ne pas changer les modes de vie. Ainsi, le rapport de 1995 indiquait que « ralentir l’abandon des combustibles fossiles permet de gagner un temps précieux pour développer des alternatives à faible coût et sans carbone ».(...)

« Pendant longtemps, une écrasante majorité des auteurs étaient des économistes issus des pays développés qui pensaient que la technologie allait résoudre le problème du climat, relate le Malien Youba Sokona, ancien coprésident du groupe III, lors du 5e rapport, et ancien vice-président du GIEC. On s’est battus pour intégrer les enjeux de développement et d’éthique, et pour amener des sociologues ou des philosophes dans le groupe III, mais c’est encore déséquilibré. »

Si les questions de sobriété et de décroissance sont difficiles à aborder, c’est aussi parce qu’elles sont « inaudibles pour beaucoup de gouvernements, notamment des pays du Sud qui n’ont pas atteint un niveau de vie décent. Ce sont des notions très occidentales », assure Nadia Maïzi, l’une des autrices du chapitre sur la demande du 6e rapport du GIEC. Elle regrette que l’analyse quantitative de Jean-Baptiste Fressoz ne soit pas assortie des éléments qualitatifs fournis par le rapport : ces technologies sont-elles évaluées par le GIEC positivement ou comme plus ou moins vraisemblables ?

Pour la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte, ancienne coprésidente du groupe I (sur les bases physiques du changement climatique), l’historien ne démontre pas que la neutralité carbone est inatteignable. Elle juge que la sobriété « présente aussi des limites » et que l’« on aura quand même besoin des technologies, en dernier ressort, pour décarboner certains secteurs comme l’industrie lourde ». Un débat qui ne manquera pas d’animer le nouveau groupe III du GIEC, dont les auteurs viennent d’être nommés, et qui doit produire son 7e rapport d’ici à la fin de la décennie.


le Monde Par Audrey Garric Publié le 30 août 2025

Cette scène à la télé britannique est digne de "Don't Look Up"
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DON'T LOOK UP : DÉNI COSMIQUE | Bande-annonce officielle VF | Netflix France
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EXTRAIT DU Film Don't Look Up Déni Cosmique 2021 🔥🔥🔥
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Comment Elon Musk veut nous faire vivre sur Mars
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