- L’environnement aux États-Unis : entre protection de la nature, exploitation des ressources et transformation des milieux depuis le XIXe siècle. Les rôles respectifs de l’État fédéral et des États fédérés.
- Les États-Unis et l’environnement à l’échelle internationale (État, firmes transnationales, ONG…).
La candidate démocrate n’est pas née à Laguna Pueblo : la famille de sa mère, des agriculteurs, avait quitté le village pour travailler dans les chemins de fer de l’Arizona. Elle regrette de ne pas parler la langue pueblo, que sa mère ne lui a pas enseignée.
En fait, elle n’a passé ici qu’une année scolaire, sa sixième, dans une école gérée par le Bureau des affaires indiennes, le bras armé de l’Etat fédéral. Le reste du temps, elle fut ballottée dans treize établissements scolaires, entre les bases militaires de Californie et de Virginie, au gré des affectations de son père – un homme d’ascendance norvégienne –, engagé dans les marines. (..)Ce débat sur son « indianité » blesse ses partisans. Regis Pecos, autorité pueblo du Nouveau-Mexique, dénonce une approche raciale, dans la lignée de ceux qui, au XIXe siècle, cherchaient à déterminer qui avait du sang indien. Les Laguna Pueblo, toutefois, prêtent le flanc à la critique : au village, où les autorités locales ont refusé de nous recevoir, un panneau indique les modalités à suivre pour obtenir « les cartes d’identité et les certificats de sang indien ». Deb Haaland en souffre : sa fille, née de sa liaison avec un homme blanc, n’est qu’un quart pueblo… et ne peut prétendre à cette nationalité. « Ma fille est indienne de cœur, insiste-t-elle. Peut-être qu’un jour elle pourra être inscrite à Laguna Pueblo. »(...)
Au niveau national, l’heure indienne semble enfin venue, et, avec elle, celle de Deb Haaland. Le déclic a été provoqué, en 2016, par la révolte des Sioux du Dakota contre le projet de pipeline qui doit traverser leur territoire pour atteindre le golfe du Mexique. Cette mobilisation, à laquelle Deb Haaland a participé, a contribué à l’émergence de la cause indienne dans le débat public.
Le Monde Par Arnaud Leparmentier (Albuquerque (Nouveau Mexique), envoyé spécial)Publié le 30 octobre 2018Nonfiction.fr : Les États-Unis ont longtemps été associés, et le sont toujours, à de grands espaces « sauvages ». Cette nature occupe une place majeure dans la « Destinée manifeste », mais aussi dans l’imaginaire américain comme le montre l’émerveillement poétique d’Henry David Thoreau devant la nature. Quand et comment les Américains prennent-ils conscience de leur nature, puis de la fragilité de celle-ci ?
Elsa Devienne : C’est précisément quand la nature américaine a été perçue comme en danger qu’elle a fait l’objet d’une attention nouvelle. Vers le milieu du XIXe siècle, alors que la colonisation de l’Ouest va bon train et que la côte Est s’industrialise et s’urbanise à un rythme effréné, des membres de l’élite – politiciens, auteurs, penseurs (surtout des hommes) – vont commencer à s’intéresser à ce qu’ils appellent la « wilderness », c’est-à-dire la nature sauvage, soi-disant inhabitée. Ces amateurs de la « wilderness » y voient une caractéristique unique et fondamentale de la jeune nation états-unienne : l’existence de tels espaces vierges de tout contact avec l’humain est, selon eux, ce qui distingue les États-Unis du vieux continent. Pour l’historien Frederick Jackson Turner, qui développe sa « thèse de la frontière » en 1893, c’est en partie la confrontation avec cette nature indomptée qui a forgé le caractère des Américains : leur indépendance, leur individualisme et leur penchant naturel pour la démocratie. Pour l’auteur Henry David Thoreau, qui s’isole dans une petite cabane au bord du lac de Walden dans le Massachusetts entre 1845 et 1847, vivre au milieu de cette nature inhabitée permet de revenir à l’essentiel et de se départir du matérialisme ambiant. C’est dans cette période que se constitue le mouvement préservationniste (ou encore « wilderness movement »). Il s’agit d’un mouvement d’élites blanches qui cherchent à préserver la nature sauvage face à l’urbanisation et l’industrialisation de la nation, pour des raisons patriotiques, esthétiques ou spirituelles. Quoi qu’il en soit, ce mouvement est fondé sur un mensonge : ces espaces « sauvages », tels que Yellowstone, premier parc national fondé en 1872, ne sont pas inhabités. Ils sont bien connus des tribus amérindiennes qui s’en servent d’espaces de chasse et de campement. Le mouvement de la wilderness va contribuer à l’exclusion des Amérindiens de ces espaces, au moment même où ils sont sommés de vivre dans des réserves.
Pourtant le XIXe siècle est aussi celui de l’essor de l’agriculture et de l’industrialisation. On le voit par exemple avec l’extraction hydraulique d’or qui entraîne gaspillage puis pollution de l’eau, et destruction des forêts. Peut-on déjà parler de conflits d’usage liés à l’exploitation du territoire étatsunien ?
Dès le XIXe siècle, les conflits se multiplient quant à l’utilisation des ressources naturelles. D’un côté, il y a les intérêts industriels et commerciaux, qui souhaitent exploiter celles-ci coûte que coûte ; de l’autre, il y a le mouvement préservationniste ; mais il y a aussi d’autres groupes d’intérêts comme ceux qu’on appelle les conservationnistes, qui prônent une utilisation raisonnée de la nature afin de permettre le renouvellement des écosystèmes et de maintenir ainsi sur la durée l’exploitation des ressources. Enfin, il y a les usages quotidiens de ces espaces, ceux qu’en font les Amérindiens, comme je l’indiquais plus haut, mais aussi ceux des colons blancs récemment installés qui souhaitent continuer à chasser du gibier et deviennent des « braconniers » aux yeux des autorités. Karl Jacoby a écrit sur ces conflits dans son ouvrage Crimes Against Nature. L’un des épisodes les plus connus, qui oppose le camp préservationniste à celui des conservationnistes, est la controverse, au début du XXe siècle, autour de la construction d’un barrage dans la vallée de Hetch Hetchy, qui se situe au beau milieu du Parc national de Yosemite. Le barrage doit permettre l’approvisionnement en eau de la ville de San Francisco, mais sa construction causerait l’inondation de cette vallée d’une grande beauté. Finalement, le Congrès autorise la construction du barrage. C’est une victoire indéniable pour les conservationnistes. Aujourd’hui encore, certains militent pour que la vallée soit asséchée et retournée à son état originel.